CHARLES DE FOUCAULD – FRERE UNIVERSEL. Partie 3

Découvrons une autre facette de l’homme dans cette troisième et dernière partie de la thématique Charles de Foucauld – frère universel.

A Tamanrasset – la conversion à des relations fraternelles en égalité.Nous sommes en l’année 1908. Depuis 4 ans la sécheresse et la famine menacent l’existence des nomades. Charles de Foucauld a distribué tous ses vivres et n’a plus rien à donner. Lui-même est très malade, ne peut plus bouger, a le scorbut. Il pense qu’il va mourir et se confie à…”


Charles de Foucauld – le frère universel

A Tamanrasset – la conversion à des relations fraternelles en égalité

Nous sommes en l’année 1908. Depuis 4 ans la sécheresse et la famine menace l’existence des nomades. Charles de Foucauld a distribué tous ses vivres et n’a plus rien à donner. Lui-même est très malade, ne peut plus bouger, a le scorbut. Il pense qu’il va mourir et se confie à Jésus, Marie et Joseph.

Dans cette extrême faiblesse ce sont les femmes touarègues qui vont lui sauver la vie en lui apportant un peu de lait de chèvres qui était destiné à leurs enfants. C’est une nouvelle étape dans sa vie de frère : ce n’est plus lui qui se montre frère, mais ce sont les Touaregs qui l’accueillent et le sauvent comme un frère, comme un des leurs.

L’amitié devient plus vraie, une amitié faite d’égalité, car c’est lui qui a besoin des autres. C’est un tournant dans sa vie, une vraie conversion.

Il apprend qu’être frère, c’est aussi accepter d’être aimé par les autres.

« Être frère, c’est encore se mettre dans des relations d’égalité qui excluent l’attitude du maître ou du chef, mais aussi celle du père et du bienfaiteur. Ce comportement fraternel ne devait pas être naturel à un homme fait pour commander et organiser. Il n’a pas toujours échappé à cette tentation. »1

L’année 1911 ce sera une étape importante : il se rend à l’Assekrem.

L’ermitage de Charles de Foucauld à l’Assekrem

Trop souvent circule encore l’idée que Charles de Foucauld s’est construit en 1911 un ermitage sur la montagne, à l’Assekrem, à 60 km de Tamanrasset, pour vivre dans le silence et la solitude.

La réalité est tout autre, car sa motivation pour partir dans la montagne était « … pour prendre contact avec d’autres tribus que je ne vois pas ici » 2

Mais à cause de l’extrême sècheresse les nomades cette année sont partis pour trouver des pâturages plus loin. Il apprécie d’autant plus beaucoup les quelques visites qu’il reçoit :

« Je me trouve très bien sur ma montagne de l’Assekrem, c’est un lieu excellent pour la prise de contact… comme en ce moment les campements sont loin par suite de la sécheresse, force est aux visiteurs de prendre ici un ou deux repas, de se reposer, de passer la nuit, ce qui fait qu’on fait bien connaissance avec eux. Je suis donc très content de m’être établi ici. » et « Dans cette solitude, les relations de voisinages deviennent des amitiés très étroites. » 3

Puisqu’il a peu de visites il profite bien pour faire un intense travail de langue touareg.

Et Charles de Foucauld ne vivait pas seul à l’Assekrem ! Il avait amené avec lui Ba Hammou, « un touareg très intelligent et très bavard » 4 qui était un excellent traducteur. Il avait besoin de lui : sans lui il n’aurait pas pu avancer son travail linguistique.

Il s’installe donc à l’Assekrem le 6 juillet 1911avec Ba Hammou, apportant avec lui la nourriture de deux personnes pour 16 mois, des livres et des milliers de feuilles avec ses notes sur la langue touarègue qu’il veut corriger.

Lui qui n’avait pas réussi à avoir un compagnon, il a donc fait « fraternité » avec Ba Hammou. On aimerait bien savoir tout sur cette vie commune !  Il semble qu’elle n’était pas facile : Ce qu’on sait c’est que Ba Hammou se plaignait depuis le début de l’excès de travail !

Six mois plus tard ils redescendent à Tamanrasset : ils sont épuisés tous les deux par un excès de travail (10 h 45 /jour), le manque de nourriture fraîche et aussi par le froid qui est dur.

Jusqu’à sa mort en 1916 Charles de Foucauld continuera sa vie d’apprentissage de frère – avec ceux et celles qui sont devenus ses frères et sœurs à Tamanrasset. Les « Carnets de Tamanrasset

1905-19016 »5 dans lesquelles il a noté avec soin tous les noms des personnes rencontrés, nous permettent de nous rendre compte d
e cette vie partagée et de ses amitiés.

A l’Assekrem

En Conclusion :

« Charles de Foucauld, à travers ombres et lumières, nous a ouverts au sens de la fraternité universelle. Cette dimension de toute vie évangélique est une urgence pour notre temps. Il nous invite à sortir de nos frilosités et de nos enfermements et à poursuivre le chemin tracé : le Christ n’est pas confiné dans nos églises, il nous attend au cœur de notre humanité en quête de sens et de Fraternité. »6

Mgr Claude Rault. MA Père Blanc, Evêque émérite de Laghouat-Ghardaïa (Algérie)
Membre du SNRM au titre d’expert

1 Antoine Chatelard, Charles de Foucauld, Le chemin vers Tamanrasset, Karthala, 2002 p.157
2 Charles de Foucauld, Lettres à Marie de Bondy, Paris, Desclée de Brower, 1966, p.185
3 Charles de Foucauld, Lettres à sa sœur Marie de Blic, Mesnil Saint-Loup, 2005, p.177
4 Cité dans Antoine Chatelard op.cit. p. 249
5 Charles de Foucauld, Carnets de Tamanrasset 1905-1916, Paris, Nouvelle Cité, 1986,
6 https://eglise.catholique.fr